Retraites : la durée de vie n’est pas le problème

La politique de suppression systématique des grands services publics touche principalement l’éducation, l’assurance-chômage, la santé et les systèmes de pensions. Nous voulons montrer dans cette partie que la question du financement des systèmes solidaires doit être examiné avec un regard extrêmement critique sans quoi la privatisation de tous ces services publics est devant nous.

La question des retraites est fondamentale pour l’avenir de nos sociétés et symptomatique de la régression sociale dont souffre notre époque. On tente de nous faire croire que la France n’aurait pas les moyens de son régime de retraites par répartition.

La question des retraites repose la question de la solidarité entre les générations et plus largement les logiques de solidarités au sein de la société française. Ainsi le système français repose sur un système où la collectivité finance la formation et la santé des jeunes qui à leur tour financent les retraités quand ils accèdent au marché de l’emploi. Cette belle mécanique est train de se briser sous les coups de boutoirs des réformes néolibérales : marchandisation de l’enseignement supérieur (dont la LRU est un prémisse), marchandisation de la santé (avec le développement d’une couverture assurancielle et non plus mutualisée), marchandisation de la retraite (avec le développement de la retraite par capitalisation).

Le débat médiatique actuel ne propose d’autres issues possibles au vieillissement de la population que l’allongement de la durée des cotisations ou la baisse des pensions. Nous devons sortir de cette pensée unique et remettre les faits économiques au coeur du débat.

En effet, le sens commun admet parfaitement qu’avec la baisse du nombre d’actifs cotisant alors que le nombre de retraité augmente, il faut faire évoluer le financement des retraites. Quand aujourd’hui il y a 1,8 cotisants par retraité et qu’on en annonce 1,2 en 2050, comment douter qu’il va falloir réduire les prestations ou l’âge auquel on peut y prétendre ? Et pourtant, c’est faux ! Ce qui compte ce n’est pas le nombre de cotisants mais ce qu’ils produisent.

Deux composantes majeures du financement doivent en effet être considérées : l’augmentation de la productivité du travail et la croissance attendue des richesses entre 2010 et 2050. L’hypothèse la plus pessimiste du rapport du conseil d’orientation des retraites (COR) publié le 14 avril 2010, table sur une croissance de la productivité annuelle du travail de 1,5% et d’une croissance molle du PIB de 1.7% par an. Dans l’hypothèse d’un allongement de la durée de la vie et de prévisions démographiques qui estiment que la proportion de retraités devrait augmenter de 23 % en 2005 à 33 % en 2050 pour une population totale en augmentation de 15% et une population active sensiblement constante, il faudra trouver 115 Milliards d’euros supplémentaires en 2050 pour payer les retraites d’après ce rapport.

Mais dans le même temps le PIB sera passé de 1950,1 Milliards d’euros en 2008 à 3830 Milliards d’euros en 2050, soit près de 2 fois plus de richesses produites. L’augmentation de la productivité horaire du travail sur la même période sera de 181%. Cela signifie qu’un actif en 2050 créera 1,8 fois plus de richesse qu’un actif actuel. En terme de cotisants actuels, le nombre de cotisants par retraité en 2050 sera donc de 1,2*1,81 = 2,17. Cela signifie qu’en maintenant les cotisations constantes par rapport à la richesse produite, les cotisations dégagées pour payer chaque retraité en 2050 seront 20% plus élevées qu’à l’heure actuelle où ce nombre de cotisants par retraité n’est que de 1,8. Ceci signifie qu’il y a une marge de manoeuvre pour augmenter les cotisations sans pénaliser le niveau de vie des actifs en redistribuant une partie des fruits des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. D’ici 2050, les cotisations devront passer de 13 % du PIB à 16 %.

Notons que ce raisonnement est bien validé par le passé récent : Alors que la population n’a cessé d’augmenter et de globalement vieillir entre 1980 et 2000, l’augmentation du coût des retraites sur cette période a été de 2,3 points de PIB et cela sans poser de problème car dans le même temps la richesse produite a considérablement augmenté ce qui a permis d’en dédier une partie à cette question de solidarité envers nos anciens.

Pas de problème à long terme, mais il faut gérer le papy-boom

S’il y a problème, c’est l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom qui va créer une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 environ. Le papy-boom crée une urgence de financement qui n’aurait pas lieu si nous ne vivions pas dans une intense période de chômage.

S’il y a un problème de finances, il est donc ponctuel et réside dans l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom. Il s’agit d’une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 (environ). Ce coût supplémentaire perdurera jusque 2045 puis baissera pour disparaître vers 2060 selon les prévisions. Le Fond de Réserve des Retraites était la seule solution logique pour résoudre ce problème mais il n’a pas été financé par la droite au pouvoir. Au contraire, la droite « gestionnaire » a placé le fond existant sur les marchés et il a perdu près de 20% de sa valeur avec la crise en 2008 !

Le problème n’est donc pas comment créer des richesses (le ratio actifs/retraités est compensé largement par l’augmentation de la productivité) mais comment garantir le maintien des taux de cotisations actuels !

A système constant, le problème n’est pas l’espérance de vie ou la durée de cotisation mais bien le taux de prélèvements ! Ce n’est pas un hasard si les prévisions catastrophiques partent sur une base immuable de 13 points de PIB donnés aux retraités…

Le vrai problème, c’est donc la répartition et le chômage

Quand un salarié solde sa retraite aujourd’hui, il est au chômage depuis 3 ans en moyenne. Rendre obligatoire une année de cotisation supplémentaire sans avoir fait radicalement reculer le chômage ne sert à rien : cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent de travail.

Tant que le chômage et la précarité resteront à ce niveau, les ressources de l’État, des collectivités et de la Sécurité Sociale (fondées essentiellement sur les salaires et la consommation) stagneront et nous aurons les plus grandes difficultés à financer les retraites. Plus il y a du chômage et plus il est difficile d’augmenter les salaires et donc les cotisations retraites.

« Les inégalités entre générations ne viennent pas du problème des retraites mais de l’emploi. Le vrai problème c’est le chômage. »

Jean Paul Fitoussi, Président de l’OFCE, le Monde 2001

Aujourd’hui en moyenne, les salariés soldent leur retraite à 61 ans et moins de 30 % des salariés ont encore un emploi.

Cotiser plus longtemps = 10 % de moins sur les retraites

Cotiser plus longtemps, c’est gagner moins. Quand la droite, exige une année de cotisation supplémentaire sans avoir rien fait pour faire reculer le chômage, elle sait très bien que concrètement, pour 70 % des salariés, il manquera une année de cotisation, soit 4 trimestres, cela signifie une décote de 10 % sur leur pension de retraite.

L’âge moyen auquel on solde sa retraite est de plus de 61 ans, l’âge de fin d’activité est plutôt proche de 58,5 ans. On remarque de plus que la réforme Fillon de 2003, loin de provoquer un prolongement dans l’activité à produit l’effet inverse à celui recherché (raccourcissement de l’age moyen de la retraite de l’ordre d’une année). Elle contribue à creuser le déficit des retraites tout en ayant fait diminuer les pensions d’environ 20%.

Avec l’argument “l’espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps”, on prépare une baisse généralisée du niveau de vie des retraites de la sécurité sociale.

Ceux qui veulent développer les systèmes d’assurances privées sont évidemment très favorables à cette réforme (Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas Sarkozy est le PDG du groupe d’assurance-santé, assurance-retraite Médéric), mais on comprend que les syndicats s’opposent à ce nivellement par le bas.

« D’autres réformes seront nécessaires. Elles donneront aux assureurs complémentaires un rôle de plus en plus important. » (Guillaume Sarkozy, La Tribune 2006)

« La bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée. » (François Fillon, Les Échos 2006)

« Depuis 2003, la France a mis en place, avec du retard par rapport à ses principaux voisins européens, un cadre législatif permettant l’accès de tous les citoyens à un dispositif complet d’épargne retraite (…) Selon les hypothèses du COR, le taux de remplacement servi par les régimes obligatoires, de base et complémentaire, diminuerait de 83,6 % en 2003 à 75,6 % en 2020 et 64,4 % en 2050 pour un salarié non cadre. La baisse serait encore plus importante pour un cadre salarié : de 64,1 % en 2003 à 55,5 % en 2020 et 42,7 % en 2050. » (Rapport MARINI au Sénat, 30 avril 2008)

Voilà l’avenir que nous prépare la droite libérale : la retraite par capitalisation pour ceux qui en ont les moyens. Pour les autres la baisse des retraites et l’impact des politiques des fonds de pensions sur la gouvernance de nos entreprises qui se solde invariablement par une contraction des salaires, des délocalisations et du chômage de masse. Nous pensons qu’il ne faut pas sortir du système de solidarité nationale intergénérationnelle. Si la droite veut compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée, c’est qu’elle admet que l’on puisse aller chercher ailleurs que par des cotisations sur le travail le financement des retraites. Aussi, s’il faut garantir le maintien des taux de cotisations actuels, l’État trouvera les ressources nécessaires en mettant en oeuvre la redistribution des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. Régler la question du chômage en organisant le travail au bénéfice de tous sera le plus sûr moyen d’augmenter le nombre et le montant des cotisations et de répondre au besoin de la société toute entière.

 

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